Le dessin est l'un des premiers moyens d'expression des enfants, l'un des premiers moyens de faire sortir quelque chose de soi. Le trait qui jaillit d'un crayon exerce une véritable fascination. C'est aussi une façon d'aborder et de comprendre le monde, de se l'approprier en le représentant. Ces deux aspects du dessin associés à l'envie de raconter des histoires sont les moteurs de mon travail aujourd'hui encore.
Mes premiers gribouillis consistaient en des représentations de bateaux, de fêtes foraines, de cirques et de cow-boy. Puis, vers l'âge de 9, 10 ans, je me suis mis à réaliser de courtes bandes dessinées d'une ou deux pages en couleur, reprenant les héros de séries télé. J'offrais ces pages à mes camarades de classe (« Goldorak » et « Albator » pour les garçons, « Candy » pour les filles). A 11 ans, je découvris les joies des comics américains et la frustration de l'attente entre chaque parution. Il n'y avait qu'une alternative à cette frustration : réaliser mes propres histoires. Je créais ma propre galerie de personnages (Giro-man et sa Giro-lame, son Giro-plane et son Giro-sous-marin, les dragons bleus etc…), le but de ma démarche était de prolonger le plaisir de mes lectures. Le graphisme était peu fouillé car, dans mon impatience, j'aurais voulu que cela se fasse dans le temps où je l'imaginais. Je n'ingurgitais pas que des comics ;
Pif Gadget, Tintin, Asterix et Lucky-Luke étaient également de la partie, mais ne m'influencèrent pas graphiquement. Non, car j'avais envie de raconter des histoires sérieuses avec des types sérieux qui se posent des questions sérieuses du genre « Comment vais-je sauver le monde alors que j'ai un devoir de chimie à rendre, des courses à faire pour tante May et rencard avec Mary-Jane ? ».